SIGMA Project

9 août

De Scarlatti à nos jours…

Andrés GOMIS, soprano / Angel SORIA, alto / Alberto CHAVES, ténor / Josetxo SIGUERO, baryton

Sigma Project Quartet

Pneuma, comparable à un souffle de vent, est le principe vital selon Hippocrate. 

Le souffle est également le principe et l’essence du Sigma Project Quartet. Ce souffle n’est pas juste un moyen d’émettre un son. Le souffle est porté à une dimension supérieure. Il est la vie. 

La virtuosité du musicien n’est plus dans la qualité du son émis par l’instrument, elle devient dans et par la qualité de l’insufflation donnée à l’instrument.

Par cette insufflation, le saxophone prend vie. La circulation de l’air modulée par la bouche, la langue, les dents, les doigts, la respiration du musicien le fait vibrer. Le métal s’anime. Il résonne. Il chante. Il parle. Il chuchote. Il s’énerve, puis se calme. Il hurle, puis fredonne. Il se tait, puis répond. 

Le saxophone n’est plus instrument, n’est plus outil, il est organe. Il fait partie du musicien. Il l’étend. Il est vivant. Il retient l’insufflation du musicien, la fait traverser les méandres de son corps et réchauffer ses alliages. Il la traduit en son, tour à tour mélodieux ou dissonant, mais toujours résonnant de sa vie de métal animé. Il exhale le souffle en puissance retenue et fait à son tour vibrer son musicien. Les deux ne forment plus qu’un. Le souffle et le son forment le duo vital de ce nouvel individu : le saxophoniste et son saxophone. 

La musique de José M. Sánchez-Verdú relie les membres du quatuor en un super-organisme formé des quatre saxophonistes étendus de leurs saxophones. Le son circule entre eux et à travers eux. Tour à tour et parfois en même temps, il est absorbé par l’un, réfléchi par l’autre, il rebondit, il retentit… il explose face à un auditoire qui pourrait presque voir la folle dance, paradoxalement bien maîtrisée, des ondes de son. 

Le but du compositeur est atteint. Sa musique est une conception tridimensionnelle du son. Le son devient matériel. Et cette matière unit, unifie, et individualise le quatuor. 

L’interprétation du Sigma Project Quartet de la musique de Sánchez-Verdú inclut l’auditoire dans cette exploration du son dans le temps et l’espace. Elle étend sur lui cette matière sonore qui le retient et l’intègre dans ce super-organisme en le faisant vibrer et résonner avec et par ce son sublimé. 

L’auditoire ne sort pas indemne de cette expérience. Les traces du son matériel sont indélébiles. Elles portent l’empreinte d’une expérience d’une vibration et d’une résonance à l’unisson entre des êtres humains et des saxophones animés d’une musique transcendantale. – Sonia Harzallah Debbabi

 

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